Margaux Avril Talent

Margaux Avril est née en 1991 à Paris et grandit dans un univers familial créatif. Fille d’un père architecte, ce dernier lui transmet très tôt sa passion pour la photographie. Il capture la vie de ses trois filles en permanence. C’est de ce goût pour l’instantané que Margaux Avril...en savoir plus

Paris, France

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Bonjour Margaux, en préambule, pourrais-tu nous donner ta définition personnelle de la photographie ?

La photographie, en tout cas celle que j’exerce, est très personnelle, intime. Elle relève de la sensation, de l’instantanéité d’une émotion, d’un sentiment, d’un moment qui nous touche particulièrement, par le regard sur la grâce d’une harmonie, d’une lumière, de couleurs, d’ambiances. C’est une reminiscence. Capturer et créer c’est conserver l’empreinte de tout, cela permet d’exprimer et de partager, et pour ma photographie, toujours avec sincérité.

 

Comment as-tu découvert l’univers de la photo et qu’est ce qui t’a décidé ensuite à t’investir dans ton projet artistique ?

Le premier souvenir que j’ai avec la photo ce sont toutes les photos accrochées dans le couloir de l’appartement où j’ai grandi, prises par mon père lors de ses voyages, lors de moments en famille. Je passais des heures à regarder des paysages, des villes, des visages. J’ai été particulièrement influencée par ses images de voyages et par ses photos de la vie intime. Et puis j’ai fini par lui piquer ses appareils photos et à essayer des choses avec. J’ai pris goût très vite au plaisir de voir davantage ce que je trouvais poétique dans ce qui m’entourais au quotidien. C’est devenu indispensable de le photographier. M’investir dans ce projet artistique s’est fait naturellement. J’accumule depuis des années des photos du quotidien ; d’une vue, d’un rayon de lumière, d’une ombre, de silhouettes ; de voyages. Quand j’ai crée mon site, j’ai eu envie de donner encore une autre dimension à mes photos que simplement un portfolio en ligne, c’est pourquoi j’y ai mis des tirages en vente pour faire exister mes photographies ailleurs que sur internet.

 

Pourrais-tu nous évoquer une photographie et un artiste qui t’ont particulièrement touché, ou ont influencé ton travail ?

Quand j’ai commencé la photographie j’étais fascinée par Henri Cartier Bresson et ses photos « prises sur le vif », toujours au bon moment. Je trouvais ses clichés à la fois drôles, sensibles, esthétiques. En noir & blanc j’ai aussi découvert et adoré André Kertész, puis Ray Metzker. J’adorais la poésie de leur graphisme,leurs jeux des ombres, l’instantanéité de leur œil. Puis la couleur, Saul Leiter, Harry Gruyaert, et mon grand préféré Stephen Shore. Je pense qu’ils sont des magiciens et des peintres du réel. Stephen Shore particulièrement car il capte ce qu’il y a d’anodin autour de nous et offre une poésie d’une quotidien. Bernard Plossu. Sophie Calle pour sa démarche vraie et éditoriale sur la notion de sensation. Et tant d’autres… Désolée mais impossible de n’en citer qu’un !

 

La présence humaine est rare dans tes photographies, est-ce un choix délibéré ? 

Effectivement. Je crois qu’inconsciemment c’est de la pudeur. La présence est rare, en revanche elle toujours suggérée, notamment dans ma série « (in) Beds », ou dans certains portraits que je fais où l’on ne voit jamais le visage, comme d’ailleurs tous mes autoportraits.  J’aime l’ambiguïté de la vision plutôt qu’une représentation directe. C’est une recherche de présences voilées plutôt que de l’évident, traitée à travers l’harmonie de lieux, d’atmosphères sans aucune quête de mise en scène. Mes séries sont plutôt créées par la récurrence d’un sujet que par la volonté de traiter d’une thématique précise et laissent une réelle liberté d’interprétation.

 

Y a-t-il un sujet que tu préfères photographier par-dessus tout ?

Cela peut paraître idiot dit comme ça mais la lumière – en tout cas les rayons de lumière. Pour moi ce sont des moments hors du temps lorsqu’un rayon vient toucher un mur d’une certaine manière, un rideau, un corps. On ne peut pas tricher avec. Je suis très sensible à la lumière, elle change tout. Elle joue même sur mon humeur. Cela se ressent peut-être dans ma photo. Je travaille sur une grande série justement appelé « lightbeams », que j’avais notamment commencé lors d’un workshop avec le photographe Théo Delaste. Sinon, de manière générale c’est aussi l’intime suggéré.

 

De quelle manière crées-tu tes photographies ? Es-tu dans la capture de l’instant, ou davantage dans la mise en scène ?

Je ne suis pas du tout dans la mise en scène. J’aime justement observer sans cesse et capturer un moment particulier, la démarche est toujours authentique. J’aime relever une image « déjà existante » dans ce qui nous entoure, et en la capturant, lui donner une nouvelle dimension. J’aime m’adapter à ce qui m’entoure, devoir trouver le bon cadrage plutôt que de tout bouger pour avoir l’image que je voudrais. J’aime donner à voir autrement des choses anodines. J’essaye de retranscrire une poésie intime, comme un journal de bord, un journal intime, grâce à un regard qui se veut le plus sincère possible.

 

Quel est ton appareil photographique favori pour créer tes œuvres ? 

Pour être très honnête, aujourd’hui je dirais mon iPhone. La qualité est de mieux en mieux, c’est simple, rapide, discret, ludique aussi, je peux retoucher la photo en deux minutes, la mettre directement sur mon site, sur les réseaux. C’est le côté instantané qui me plaît. Mais j’ai eu la chance d’avoir pour mon anniversaire de la part de mes amis un très beau Leica numérique grâce auquel je reprends goût à la démarche de sortir mon appareil, faire mes réglages, de prendre le temps…
Néanmoins, le labo me manque ! Pouvoir développer ses négatifs, et tirer ses propres photos en chambre noire aussi librement que je pouvais le faire lors de mon stage à ICP, NY est un plaisir incomparable. Sinon, je commence à m’approprier le dernier Leica D-Lux…

 

Quel conseil donnerais-tu à la photographe débutante que tu étais il y a quelques années si tu la rencontrais aujourd’hui?

Suis ton instinct, approfondis ce qui te fait vibrer, persévère, ose davantage et travaille plus dur !